
Même si Marc Lièvremont s'en est défendu, ce France-Ecosse est un peu le match de tous les dangers pour le XV de France assommé en novembre. Heureusement, l'Ecosse est, avec l'Italie, l'adversaire européen qui réussit le mieux aux Bleus.
Il faut remonter à 1999 pour trouver traces d'une victoire écossaise en France (22-36). C'était année de Coupe du monde également, l'équipe de France sortait d'un automne mitigé au cours duquel elle avait été battue par l'Australie. La comparaison s'arrête là. Autre temps, autre mœurs, le professionnalisme naissant à l'époque n'a plus rien à voir avec celui qu'on connaît aujourd'hui, l'écart entre les deux nations si proches encore au milieu des années 1990 (souvenez-vous la Coupe du monde 1995) s'est profondément creusé entre temps. Et s'il est vrai que l'Ecosse a souvent empêché le XV de France de briller en ouverture de Tournoi, il est tout aussi vrai que lorsque Français et Ecossais s'affrontent, à la fin ce sont (presque) toujours les Français qui gagnent (une seule défaite en 2006, à Murrayfield).
Jean-Pierre Elissalde le rappelait d'ailleurs dans sa dernière chronique : "Jouer l'une des meilleures nations du monde (l'Australie au hasard) ou l'une des plus faibles des Six Nations (l'Ecosse) a son importance." Et c'est peut-être un bien finalement de rencontrer un adversaire certes coriace, somme toute modeste, compte tenu de l'ampleur de l'entreprise dans laquelle les Bleus sont engagés. Dans l'ordre des priorités, il leur faut : gagner, retrouver leur confiance, (re)trouver leur jeu et "valider" (c'est le mot du coach) les choix de sélection, particulièrement derrière où, rappelons-le, la ligne d'attaque est inédite, formée notamment de la dix-huitième paire de centres de l'ère Lièvremont.
Tout auréolé de son début de saison avec Montpellier et de sa nouvelle sérénité, l'ouvreur François Trinh-Duc retrouve ainsi le XV de France après son absence du mois de novembre avec, déjà, un paquet de responsabilités à assumer. Au premier rang desquelles, l'animation du jeu de cette ligne qui n'aura eu qu'une grosse semaine pour trouver les sacrosaints automatismes qui firent tant défaut cet automne.
Menée depuis juin 2009 par l'Anglais Andy Robinson qui n'avait pas connu telle réussite à la tête de l'équipe d'Angleterre, l'Ecosse débarque, elle, sans pression, forte de ses quatre victoires sur ses cinq derniers matches, dont un succès référence contre les Champions du monde en titre sud-africains à l'automne dernier (21-17). "Je respecte cette équipe écossaise, dit d'ailleurs Lièvremont. Elle vient de battre l'équipe d'Afrique du Sud. Elle est allée s'imposer deux fois en Argentine là où, une semaine après, on a pris 40 points. Elle est allée s'imposer en Irlande et a réalisé un Tournoi 2010 de très haute facture, malgré son avant-dernière place." Puis il conclut : "Des grosses défaites comme celle de l'Australie, il y en a eu d'autres et on a toujours su réagir."
Il est temps de regarder droit devant avec, au loin, là-bas, la Coupe du monde en point de mire. De ce France-Ecosse, beaucoup dépend.